Pour les plaintes urinaires, comme pour toute plainte, il faut préciser le moment et le mode d’apparition

(brutal/progressif), les facteurs déclenchants/aggravants et soulageants, si c‘est un premier épisode. Si la plainte mentionne une douleur, vous pouvez suivre le mnémotechnique PQRST (provocation/palliation, qualité, région/irradiation, sévérité, timing/1er épisode).

Dans toute anamnèse urologique complète, il est important d’investiguer la miction dans toutes ses phases.

  • Au début de la miction : Est-ce qu’il y a des urgences mictionnelles ? Le patient a-t-il de la peine à commencer à uriner ? Est-ce qu’il doit pousser pour initier ou maintenir la miction (symptôme obstructif) ? 
  • Durant la miction : Comment est le jet, est-ce qu’il est diminué, est-il continu ou saccadé (symptôme obstructif) ? Est-ce que la durée de la miction est prolongée (symptôme obstructif) ? Est-ce qu’il y a une dysurie ou des brûlures mictionnelles (symptôme irritatif) ?
  • A la fin de la miction : Est-ce qu’il y a une sensation de vidange incomplète (symptôme obstructif, vessie neurogène) ? Est ce qu’il y a des gouttes mictionnelles retardataires sans sensation de besoin impérieux (symptôme obstructif, dysfonction sphinctérienne) ?
  • En dehors de la miction : Est ce qu’il y a des pertes involontaires d’urine, quand surviennent-elles ? Surviennent-elles après un effort ou lors des contractions abdominales tels que la toux (incontinence d’effort) ? Surviennent-elles spontanément avec une sensation d’urgence mictionnelle (incontinence d’urgence) ? Surviennent-elles durant la nuit (énurésie) ?

Les urines doivent être caractérisées en termes de fréquence (pollakiurie), quantité (polyurie, oligurie, anurie), couleur (cf. section sur la bandelette urinaire) et odeur.

La polyurie et la pollakiurie sont deux symptômes distinctifs à ne pas confondre. Une polyurie est une augmentation de la quantité d’urine (> 3L/24h). Une pollakiurie est une augmentation de la fréquence des mictions (>7x/j), sans augmentation de la quantité d’urine totale. Ainsi, en cas de pollakiurie, les mictions sont souvent peu abondantes. Pour distinguer les deux, on peut demander au patient de remplir un calendrier mictionnel (cf. examens complémentaires), en cas de pollakiurie, la quantité sur 24h sera normale (<3L).

Une polyurie évoque un trouble de la production rénale d’urine tel qu’un diabète sucré, un diabète insipide, une insuffisance rénale (plutôt chronique) la prise de diurétiques ou une simple polydipsie/potomanie. Une pollakiurie évoque plutôt un trouble du bas appareil urinaire, tel qu’une infection/inflammation, une obstruction (hypertrophie bénigne de la prostate, sténose urétrale, calcul vésical, prolapsus), ou une vessie hyperactive.

Une nycturie correspond à ≥2 mictions par nuit. Elle doit évoquer non seulement des pathologies urinaires qui provoquent une pollakiurie/polyurie, mais également une insuffisance cardiaque (provoque une augmentation de la production d’urine surtout la nuit).

En cas de nycturie, demandez au patient quelles sont ses habitudes en termes d’hydratation le soir. Est-ce qu’il boit une quantité excessive de thé avant de se coucher ? Cela peut provoquer une nycturie et le simple fait de diminuer les apports hydriques quelques heures avant le coucher peut résoudre les symptômes.

La nycturie est à ne pas confondre avec l’énurésie nocturne, qui est le fait d’uriner dans son sommeil sans se lever pour aller aux toilettes, connu plus généralement sous le terme de « pipi au lit ». L’énurésie est un symptôme que vous investiguerez plutôt en urologie pédiatrique, mais il peut survenir à tout âge. On peut poser le diagnostic après 5 ans chez les filles et 6 ans chez les garçons, en cas de mictions involontaires nocturnes plus de 2 fois par semaine. Il faut différencier l’énurésie primaire de l’énurésie secondaire. L’énurésie est primaire s’il n’y a jamais eu de phase de propreté, et l’énurésie est secondaire si elle réapparait après une période de continence de minimum 6 mois. L’énurésie est à forte prédisposition génétique, il est donc important d’investiguer les antécédents familiaux d’énurésie. Les causes de l’énurésie sont variées, il peut être la manifestation d’un diabète inaugural ou de tout autre cause de polyurie, d’une malformation du tractus urinaire, d’une vessie neurogène ou d’une infection urinaire. Chez l’enfant, une énurésie peut être purement psychologique, mais il est important d’exclure toute autre cause somatique avant de tirer cette conclusion.

Une oligurie ou une anurie va orienter plutôt vers une insuffisance rénale aiguë ou chronique terminale, une obstruction urinaire complète (calcul, tumeur) ou un état de choc.

Attention, pour toute incontinence ou rétention urinaire nouvelle, pensez à exclure un syndrome de la queue de cheval, qui est une urgence neurologique.

Pour toute plainte urinaire, il est important de demander la présence de symptômes B : fièvre, frissons, sudations nocturnes, perte de poids récente et importante, douleurs osseuses ou abdominales. La fièvre n’indique pas forcément une néoplasie, pensez également à l’infection.  Parmi les symptômes généraux, la présence de nausées/vomissements peut indiquer une pyélonéphrite ou une colique néphrétique sévère.

Pour toute plainte urinaire, pratiquez une anamnèse sexuelle rapide. Est-ce qu’il y a eu une activité sexuelle récente ? Quelle est la pratique des rapports, orale, vaginale, anale ? Les rapports anaux sont plus à risque de provoquer des infections, surtout s’ils sont non-protégés.

Les rapports sont-ils protégés ou non ? Le partenaire est-il stable, combien de partenaires est-ce qu’il y a eu sur la dernière année ? Les IST peuvent provoquer des symptômes urinaires tels que des brûlures mictionnelles, surtout chez les hommes.

En termes d’antécédents, en plus des questions habituelles (comorbidités, opérations, hospitalisations, traitement habituel, allergies, habitudes), il est important d’investiguer un certain nombre d’antécédents qui peuvent être assez spécifiques à l’anamnèse urologique. Les voici sous forme de check-list.

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Antécédents urologiques :
  • Les infections urinaires à répétition (les infections urinaires surviennent plus souvent chez les personnes ayant des malformations du tractus urinaire, pensez à la présence d’une résistance bactérienne)
  • Des antécédents de calculs urinaires (risque élevé de récidive)
  • Malformations du tractus urinaire (peuvent favoriser les infections urinaires et les rétentions)
  • Traumatisme lombaire ou pelvien
Antécédents gynéco-obstétriques :
  • Grossesses, accouchements par voie basse, déchirure périnéale, poids de naissance (les accouchements par voie basse augmentent le risque pour l’incontinence d’effort et le prolapsus)
  • Infection ou plaie vaginale (peut être confondu avec symptômes urinaires)

Antécédents généraux :

  • Diabète (urines sucrées favorisent les infections urinaires, neuropathie vésicale à vessie hypocontractile possible dans les cas avancés)
  • HTA (peut provoquer une pollakiurie/nycturie)
  • Insuffisance cardiaque (peut provoquer une pollakiurie/nycturie)
  • Insuffisance rénale (aigue : provoque plutôt une oligurie, urines foncées/hématurie, chronique : provoque plutôt une polyurie/nycturie, anurie en phase terminale)
  • Maladies neurologiques connues, tels que la SEP ou la maladie de Parkinson (vessie neurogène)

Il est important de pratiquer une anamnèse médicamenteuse minutieuse, car certains médicaments vont provoquer plutôt une rétention urinaire, tels que :

  • Anticholinergiques
  • Sympathicomimétiques alpha-agonistes
  • Antidépresseurs tricycliques
  • Opioïdes
  • Benzodiazépines

D’autres vont provoquer plutôt une polyurie ou une nycturie, tels que :

  • Diurétiques
  • Lithium

Les habitudes du patient doivent aussi être investigués :

  • Apports hydriques insuffisants (favorisant les infections et lithiases) ou trop élevées (polyurie)
  • Consommation d’alcool ou caféine (sont des irritants vésicaux, favorisent une pollakiurie)
  • Tabac (facteur de risque majeur pour le cancer de la vessie)
  • Activité physique très intense (peut provoquer une incontinence d’effort chez la femme)
Antécédents chirurgicaux :
  • Au niveau abdominal et pelvien, prostate, gynécologique (peuvent conduire à une incontinence ou provoquer un trouble de la vidange vésicale)

Les antécédents familiaux à investiguer sont les suivants :

  • Maladies rénales héréditaires (polykystose rénale, …)
  • Calculs urinaires (prédisposition familiale)
  • Cancers urologiques : rein, vessie, prostate