SSP 188 “developmental delay”

Pour une version des stades sous forme de tableau, consultez la carte de synthèse pédiatrie de la RMSE.

L’évaluation de l’évolution harmonieuse du bébé au fil des différents stades de son développement repose sur l’analyse systématique de quatre grands domaines :

❖ La motricité et la posture
❖ Le langage et la communication
❖ Le développement cognitif (compréhension)
❖ Le développement socio-affectif

Lorsqu’un retard de développement est observé, il convient de déterminer si ce retard est circonscrit à  une seule sphère ou s’il concerne l’ensemble du développement. L’échelle de Denver peut être utilisée pour dépister un retard. Un suivi rigoureux, effectué environ  trois mois après la première observation, doit être mis en place pour les domaines concernés. Si nécessaire, une orientation vers un spécialiste est recommandée. Il est important de rappeler que l’exposition précoce et excessive aux écrans (tablettes, téléphones, etc.) est particulièrement néfaste pour le développement cognitif et affectif du bébé. Une déficience intellectuelle est à différencier d’un retard de développement global, qui se détermine par un décalage dans au moins 2 domaines. Une vigilance accrue sur ce point est donc essentielle.

Le nouveau-né :

Pour plus d’information sur l’examen néonatale, consultez le document Examen du nouveau-né de la RMSE.

❖ Motricité et posture :
➢ La motricité du nouveau-né est principalement involontaire, marquée par des mouvements anarchiques et diffus, conséquence de l’immaturité du système nerveux. On observe une hypertonie des membres associée à une hypotonie des muscles cervicaux, qui s’équilibrent progressivement avec le développement. De nombreux réflexes primitifs sont présents (Moro, grasping, marche automatique, succion).

❖ Langage et communication :
➢ Le nouveau-né communique essentiellement par les pleurs, qui varient selon ses besoins. Il ne comprend pas encore les mots, mais peut en percevoir la charge émotionnelle.

❖ Développement socio-affectif :
➢ Un lien affectif précoce s’établit avec la mère notamment avec l’allaitement. Le nouveau-né est capable de reconnaître l’odeur maternelle ainsi que la voix de ses parents.

❖ Particularités :
➢ L’évaluation repose principalement sur l’observation des cinq sens. L’enfant ne distingue nettement que les objets situés à la distance d’un avant-bras.

À 2 mois :

❖ Motricité et posture :
➢ Les mouvements demeurent spontanés et peu coordonnés. Le bébé peut relever la tête brièvement et orienter celle-ci vers une cible. Les mains sont le plus souvent ouvertes.
➢ Si les mains restent constamment fermées, il est nécessaire d’investiguer une éventuelle atteinte neurologique ou une douleur.

❖ Langage et communication :
➢ Les cris se transforment progressivement en vocalise. L’enfant réagit à la voix humaine et émet des sons universels, indépendants de la langue maternelle (langue de Babel).
➢ En cas d’absence de vocalises, une évaluation auditive est recommandée.

❖ Développement cognitif :
➢ Apparition de la capacité d’habituation (réponse atténuée à un stimulus répétitif désagréable) et développement de l’attention, notamment lorsqu’on lui parle.

❖ Développement socio-affectif :
➢ La relation mère-enfant est déjà bien établie, mais cette période coïncide avec la possible apparition d’une dépression post-partum. Tout retrait relationnel doit être considéré comme un signe de souffrance psychique et nécessite un dépistage attentif. Le nourrisson commence à manifester le sourire social vers six semaines.
➢ L’absence de poursuite visuelle ou de sourire justifie une vérification de la vision ou une interrogation sur la relation mère-enfant à la recherche de dépression post-partum.

À 6 mois :

❖ Motricité et posture :
➢ La motricité grossière s’affine : les mains sont ouvertes, les mouvements de pédalage apparaissent et la tête se maintient dans l’axe. Sur le plan fin, l’enfant saisit volontairement des objets (vers 4 mois) et peut se retourner sur le dos. Il présente une grande souplesse, jouant volontiers avec ses pieds. À ce stade, aucune préférence manuelle n’est encore établie.
➢ La persistance de réflexes archaïques, du réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC) ou une préhension préférentielle d’une main justifie un examen neurologique.

❖ Langage et communication :
➢ Apparition du babillage, avec production de sons variés selon la langue. L’enfant forme des syllabes (« ma », « pa »), reconnaît son nom et distingue certaines émotions. Il localise la provenance des sons.
➢ Une diminution du babillage doit conduire à une consultation.

❖ Développement cognitif :
➢ L’enfant manifeste une curiosité marquée, explore activement et utilise ses sens. Il commence à employer des objets intermédiaires pour atteindre une cible.
➢ L’absence d’exploration active mérite une investigation.

❖ Développement socio-affectif :
➢ Le bébé est souriant, expressif et particulièrement joyeux. Il est très curieux et explore énormément.
➢ Une attitude anormalement calme ou apathique nécessite une évaluation.

À 12 mois :

❖ Motricité et posture :
➢ Entre 5 et 10 mois, l’enfant tient assis seul. Il rampe, roule ou pratique le shuffling avant d’acquérir la station debout et la marche naissante. Entre 9 et 12 mois, la pince fine se développe, et une préférence manuelle peut apparaître. Il sait gribouiller et boire seul au verre.

❖ Langage et communication :
➢ L’enfant imite les sons et les gestes de son entourage. Il comprend des mots simples comme « viens ». Les premiers mots apparaissent, et le pointage du doigt devient un moyen de communication essentiel. Son jargon se diversifie et devient plus mélodieux.
➢ L’absence de pointage du doigt peut être un signe précoce de trouble du spectre autistique notamment s’il est associé au manque d’intérêt social et à des mouvements répétitifs.

❖ Développement cognitif :
➢ L’enfant acquiert la notion de permanence de l’objet, par exemple à travers des jeux tels que le cache-cache. Il commence également à s’engager dans des jeux représentatifs, comme l’utilisation de sa main pour imiter un téléphone, ainsi que dans des jeux symboliques faisant appel à son imagination.

❖ Développement socio-affectif :
➢ Vers 8 mois, il développe une angoisse de l’étranger et manifeste une forte dépendance affective. La séparation d’avec les parents est difficile. L’objet transitionnel (doudou) favorise la transition vers l’autonomie émotionnelle.
➢ Un enfant qui recherche excessivement le contact avec les inconnus doit être évalué pour un éventuel trouble de l’attachement.

À 18-24 mois :

❖ Motricité et posture :
➢ L’enfant marche entre 10 et 18 mois, trottine, court, grimpe et monte seul les escaliers. Il commence à s’habiller et à manger sans aide. Sa motricité fine devient de plus en plus précise. La préférence manuelle s’installe entre 12 et 60 mois.
➢ Un enfant ne marchant pas à 18 mois doit alerter le médecin, bien que cela ne soit pas systématiquement pathologique. Il doit être surveillé de près et adressé au neuropédiatre pour avis spécialisé s’il ne marche toujours pas à 20 mois.

❖ Langage et communication :
➢ Vers 18 mois, l’enfant dispose d’un vocabulaire de 3 à 50 mots, qui s’enrichit jusqu’à environ 100 mots à 24 mois. Il commence à former des phrases simples et à pointer pour se faire comprendre. La compréhension du langage s’affine.
➢ Une régression du langage impose une évaluation pour un éventuel trouble du spectre autistique ou certaines encéphalopathies régressives ± convulsivantes.

❖ Développement cognitif :
➢ L’enfant imite beaucoup et commence à superposer des cubes ou à compléter des puzzles simples. Le gribouillage devient plus intentionnel et les jeux symboliques apparaissent.
➢ Dans le cas où l’enfant aurait tendance à faire les mêmes jeux de manière répétitive, il faut investiguer un éventuel trouble du spectre autistique (au travers d’un test M CHAT).

❖ Développement socio-affectif :
➢ L’enfant est à la recherche d’autonomie. Il entre dans une phase d’affirmation de soi et veut tout faire tout seul, il développe un comportement d’opposition et la phase du NON commence à partir de 18 mois et peut durer jusqu’à l’âge de 3 ans. En parallèle, il explore activement son environnement, teste les limites et prend conscience de ses besoins. La durée de son attention varie selon son tempérament.

Préscolaire :

L’examen préscolaire vise à dépister les enfants présentant des besoins spécifiques et à préparer l’entrée à l’école. Il comprend un examen somatique, auditif, visuel, ainsi qu’une évaluation du développement global. Un enfant de quatre ans devrait présenter les compétences suivantes :

❖ Moteur : l’enfant doit être capable de marcher, courir, pédaler, monter des escaliers, dessiner et utiliser des ciseaux.
❖ Psycho-social : l’enfant doit avoir des copains, être capable de participer à des jeux de groupe, identifier et explorer la sexualité
❖ Performance : l’enfant doit être capable de dessiner des bonhommes, remplir des puzzles et empiler des cônes.
❖ Langage : l’enfant doit être capable de former des phrases totalement compréhensibles avec une syntaxe juste. Il doit aussi avoir une bonne compréhension de ce qu’on lui dit.
❖ Autonomie : l’enfant doit être capable d’être autonome. Cela passe par la capacité à accepter la séparation mais aussi par le fait d’être propre la journée, de s’alimenter seul ou d’être capable de s’habiller seul.
❖ Acquisition : l’enfant doit être capable de reconnaître des couleurs et des formes mais aussi de dénombrer ou compter.